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Ce qu’il reste de l’université publique

January 1, 1970

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Les universités québécoises sont en crise, et ce, depuis longtemps. Jamais, dans notre histoire récente, n’avons-nous pu leur donner une orientation claire. Voulons-nous des universités pour participer à l’éducation de notre peuple? Pour former à l’esprit critique? Pour diplômer massivement des étudiant·e·s? Pour répondre aux besoins du marché du travail? Pour servir de laboratoire de recherche et développement au secteur privé?

Pourquoi avons-nous des universités? Vaste question à laquelle nous n’avons pu faire mieux que de répondre par un « on ne sait pas trop » collectif.

Mais les choses changent. Le compromis issu de la Révolution tranquille ne tient plus. Progressivement, ce sont les impératifs de l’université marchande qui s’imposent. Les universités nord-américaines doivent d’abord, comme toute entreprise privée, survivre à la concurrence pour justifier leur existence.

Suivre les traces de l’argent est, sans grande surprise, une des façons de prendre acte des transformations en cours. Comment se finançaient nos universités et de quelle manière a évolué ce financement?

Ce que nous observons est en fait une transformation tout aussi profonde que graduelle. Examinons la répartition des sources de financement. En 1988, près de neuf dixièmes du financement des universités québécoises (87 %) provenaient de sources publiques fédérales, provinciales et municipales. C’était donc très majoritairement l’État qui finançait les universités au moyen de subventions et de contrats de recherche. Cela ne laissait qu’une maigre place au financement privé (7,5 %) et aux droits de scolarité (5,4 %).

Dix ans plus tard, la situation avait déjà changé de manière importante. Le financement public représentait déjà moins des deux tiers (63,5 %) du total contre un quart (24,9 %) pour les revenus provenant du secteur privé et près d’un huitième (11,6 %) pour les droits de scolarité. Au tournant de l’an 2000, les universités québécoises commençaient donc à ressentir une pression accrue les poussant à se concurrencer les unes les autres.

Chaque université devait maintenant attirer des investissements privés et une « clientèle » étudiante pour se financer. Elles ont donc ajusté leurs activités en fonction des besoins du monde des affaires et multiplié les campus afin d’être plus attrayantes dans certains marchés.

Le développement des universités répond dorénavant aux pressions de la concurrence plutôt qu’aux préoccupations liées à la recherche ou à l’enseignement. L’important, maintenant, c’est d’occuper un positionnement stratégique.

Comme on peut le constater dans le graphique ci-dessous, cette tendance aux transformations du financement s’est stabilisée. Le privé occupe maintenant une place de choix et peut ainsi orienter la recherche en fonction de ses intérêts. De surcroît, les critères de financement public évoluent vers toujours plus de complaisance et sont rendus, au nom de l’innovation, sans cesse plus accommodants pour le privé.

Répartition du financement public, privé et individuel des établissements d’enseignement universitaires québécois, 1999-2000 à 2014-2015 (en % du financement total)

Source : ASSOCIATION CANADIENNE DU PERSONNEL ADMINISTRATIF UNIVERSITAIRE (ACPAU) et STATISTIQUE CANADA, Information financière des universités et collèges, 1999-2000 à 2014-2015.

  • Les revenus privés comprennent: dons, legs, contrats de recherche, revenus de placement, entreprises auxiliaires, publicité, etc.

Une chose a continué d’évoluer cependant, et c’est la part du financement étudiant. Avec le dégel des droits de scolarité de 2007 et la hausse continue imposée par le Parti québécois en 2013, les différentes contributions étudiantes représentent maintenant 15,6 % de l’ensemble du budget des universités québécoises. En 30 ans, cette part aura donc triplé.

Répartition du financement public, privé et individuel des établissements d’enseignement universitaires québécois, 2010-2011 à 2014-2015 (en % du financement total)

Source : ASSOCIATION CANADIENNE DU PERSONNEL ADMINISTRATIF UNIVERSITAIRE (ACPAU) et STATISTIQUE CANADA, Information financière des universités et collèges, 2010-2011 à 2014-2015.

*Les revenus privés comprennent: dons, legs, contrats de recherche, revenus de placement, entreprises auxiliaires, publicité, etc.

On remarque également le passage de l’austérité. De 2010-2011 à 2014-2015, le financement public est en chute, ce qui ouvre encore davantage la porte à la diversification des fonds.

Plus les universités se voient forcées, en raison des restrictions budgétaires, à se financer à même les contributions privées et étudiantes, plus on créé les conditions structurelles pour qu’elles se transforment en entreprises privées comme les autres. Pour survivre, elles doivent vendre de la recherche et des diplômes. Ce qui, faut-il le rappeler, n’est pas la même chose que de faire de la recherche et enseigner.


Ce billet est rédigé par Philippe Hurteau, chercheur à l'IRIS, un think tank progressiste basé à Montréal.

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